Après plusieurs échanges avec des décideurs du secteur bancaire comorien, un constat s'impose avec une netteté qui devrait alerter tout commissaire aux comptes ou dirigeant financier du pays. Les banques comoriennes appliquent les normes IFRS dans leur reporting, mais l'une de leurs obligations les plus structurantes reste largement ignorée dans la pratique : la provision des indemnités de fin de carrière, pourtant explicitement exigée par la norme IAS 19.
Ce n'est pas un détail technique parmi d'autres, c'est un passif social réel qui s'accumule silencieusement dans les comptes tant qu'il n'est pas évalué et comptabilisé, et qui finit toujours par se rappeler au bilan au moment où on s'y attend le moins. Une banque camerounaise s'est vue, à ce titre, contrainte de comptabiliser en 2023, en une seule fois, le rattrapage de sa provision IAS 19 jusque-là insuffisante, après avoir décidé d'externaliser la gestion de ses indemnités de fin de carrière ; son résultat net a chuté d'environ un tiers sur l'exercice. L'année suivante, un assainissement plus large de son bilan, imposé cette fois par une mission de supervision de la COBAC, a de nouveau fait plonger son résultat net, de plus de 80% par rapport à 2023. Que le déclencheur immédiat soit un engagement social ou un autre risque mal anticipé, le mécanisme reste le même : un passif négligé finit toujours par se rappeler au bilan, brutalement, plutôt que d'être absorbé progressivement année après année.
Au-delà du risque financier, c'est une question de crédibilité vis-à-vis des commissaires aux comptes, dont la mission est précisément de s'assurer que ce type d'engagement figure correctement dans les états financiers. Une institution qui néglige cette obligation s'expose tôt ou tard à une réserve d'audit, voire à une remise en cause plus large de la fiabilité de ses comptes. Un provisionnement rigoureux, mené par un actuaire qui maîtrise à la fois la technique et le contexte local, transforme au contraire ce risque latent en trajectoire maîtrisée.